16

Foran n’était pas humain.

C’était une idée complètement inattendue, à peu près incroyable. Mais elle n’eut pas le loisir de s’attarder à l’examiner. Elle était prise dans les remous de la porte. Le voyage ne durait par la porte qu’une fraction de seconde, mais elle eut une conscience aiguë de l’épaisseur de temps que cela pouvait représenter.

Elle éprouvait une impression de froid intense. Elle voguait dans un brouillard où les choses n’avaient plus de contours précis, plus de réalité. Surtout, elle était seule. Elle avait perdu le contact rassurant de la main du naute. Elle se sentait absolument seule et atrocement malheureuse.

Cela ne dura qu’un bref instant, mais c’était comme cesser d’exister tout en sachant qu’on vivait pourtant. C’était juste un éclair, mais le souvenir de cette traversée resterait gravé en elle. Jusqu’au jour de sa mort, elle se souviendrait de cette chute impossible.

Et Foran n’était pas humain.

Cela lui revint à l’esprit au moment précis où ses pieds se posèrent sur un sol dur. Elle avait cru se dissoudre dans le vide, mais elle avait franchi la porte. Et le naute se trouvait à côté d’elle.

Elle voulut lui parler mais il l’entraîna en avant. Elle ne parvenait pas à croire que Foran fût un extra-terrestre. Elle acceptait de croire à la réalité des voix de Mira Ceti, mais l’idée que quelqu’un pût traverser ces abîmes effrayants était trop fantastique.

Jenny courait devant eux. Sans doute Beyle la guidait-il ? La torche du naute faisait danser sur les parois du souterrain un cercle de lumière.

Ils se trouvaient dans la base secrète de Foran sur Ganymède, exactement au-dessous de Stellaeborg. Les parois du souterrain ressemblaient étrangement à celles des villes de Mars. Mais elles paraissaient moins parfaites. Le matériau dont elles étaient faites était certainement beaucoup moins dur que les fragments qu’on avait découverts dans les astéroïdes.

Le souterrain tournait. Il montait suivant une spirale. Il débouchait certainement dans Stellaeborg.

Mais ils virent une lumière lointaine. Jenny poussa un cri qui se répercuta dans le boyau. Le naute la rejoignit et la tira en arrière. Lentement, ils approchèrent de l’extrémité du couloir. Ils entrèrent dans une vaste salle. Des appareils ronronnaient doucement. À l’autre extrémité de la salle, ils virent étinceler la surface argentée, miroitante, d’une porte dans l’espace.

Il n’y avait personne. Intrigué, le naute s’approcha. Mais Jenny le retint par le bras. Tout son être exprimait l’angoisse.

— Il est très faible. Il dit qu’il faut faire vite. Il dit que si Foran parvient à prendre le contrôle du cerveau électronique, il ne pourra plus rien faire. Il dit qu’il espère tenir quelques minutes encore. Il dit que Foran va essayer d’envoyer sur Terre et dans l’espace des ordres contradictoires qui paraîtront provenir de Georges Beyle.

Au travers des reflets chatoyants de la porte dans l’espace, le naute et Ina, fascinés, pouvaient apercevoir des fragments d’un univers étranger. Une vaste caverne pleine d’un liquide mauve, et des structures phosphorescentes qui ondulaient avec lenteur. Une lueur pourpre, étouffée, clignotait dans le lointain. C’était probablement, se dit Ina, un soleil qu’ils apercevaient au travers d’une sorte d’océan liquide ou gazeux. Le plafond de la caverne n’était que la surface de l’océan.

— Il dit que nous devons monter des escaliers, dit Jenny. Il dit qu’il ne pourra plus tenir très longtemps.

Ils découvrirent l’escalier. Ils le gravirent.

— Je ne l’entends presque plus, souffla Jenny. Je ne comprends plus ce qu’il dit. Je crois que Foran l’a trouvé. Il va le tuer.

Elle ferma brusquement les yeux.

— Il ne peut plus se défendre. Comprenez-vous ? Il ne peut plus se défendre. Pas plus qu’un petit enfant.

Brusquement, les parois de l’escalier changèrent de nature. Ils traversèrent une couche basaltique.

Puis ils atteignirent le béton qui constituait l’assise de la station.

— Demandez-lui où se trouve Foran.

Jenny fit un effort. Son visage se crispa.

— Il dit qu’il faut monter jusqu’au centre de Stellaeborg. Maintenant Foran sait où il est. Foran va le trouver. Foran va le tuer.

Sa voix monta dans l’aigu et devint hystérique. Ils parvinrent au niveau des générateurs nucléaires de la station. Ils découvrirent une échelle métallique scellée dans la paroi qui leur permit de monter plus haut.

— Empruntons les chemins de circulation des machines, dit le naute.

Les machines destinées à entretenir la station circulaient en effet dans des boyaux creusés dans les parois. Logiquement, ce réseau devait conduire à la salle où se trouvait Beyle. Mais si Foran avait eu la même idée, ils arriveraient trop tard.

— Il dit qu’il voit où nous sommes. Il dit que Foran est en train de percer un mur pour parvenir jusqu’à lui.

— Peut-il nous guider ? demanda le naute.

Jenny resta silencieuse un moment. Puis elle rouvrit les yeux.

— Venez, dit-elle.

Ils se laissèrent conduire dans l’obscurité. Jenny avait pris la main libre du naute qui de l’autre brandissait son arme. Ina marchait derrière Beauchamp.

Une lumière étincelante les aveugla soudain. Le bruit était étourdissant. Le naute avança prudemment. La lumière permettait de discerner les contours d’une grande salle, vide. Tout près d’eux, une forme maniait un désintégrateur et creusait la paroi.

L’être ne les entendit pas venir. Le naute fit feu et l’être s’effondra. Le désintégrateur tomba sur le sol mais ne cessa pas de fonctionner. Beauchamp plongea dans sa direction, et parvint à l’arrêter avant qu’il n’ait fait trop de dégâts.

— Shrinagar, dit Ina en regardant le corps. (Elle avait la nausée.) Une horrible odeur montait dans l’air. « Non, ce n’est pas Foran. »

Ils traversèrent la salle. Ils empruntèrent un couloir. Ils se trouvaient dans une partie de la station qu’Ina ne connaissait pas. Mais brusquement, elle reconnut les lieux : ils se tenaient dans la grande salle dont une paroi entière semblait occupée par un immense calculateur électronique et où Jor Arlan lui avait dit qu’il était un cerveau électronique.

Les traces de sabotage et de destruction étaient évidentes. La plupart des tubes étaient éteints. Une machine de surveillance et de réparation avait été éventrée par le faisceau d’un désintégrateur. Une de ses roues tournait encore, follement.

Au bas du grand panneau, une porte avait été forcée. Elle dévoilait un bref couloir et donnait sur une porte d’acier massif. Foran était en train de la percer.

Au moment même où le naute fit feu, la porte céda. Foran se précipita à l’intérieur. L’obscurité y était absolue.

— Il dit qu’il va essayer de donner de la lumière, dit Jenny. Il dit que Foran est aveugle et que la lumière ne l’aidera pas. Il dit que sa cécité retarde Foran, heureusement, mais qu’il dispose d’autres sens que la vue qui lui permettent de se déplacer dans l’obscurité.

Le naute s’avança vers la seconde porte, l’arme au poing. Il hésitait à faire feu, de crainte d’atteindre Beyle ou un mécanisme essentiel.

La lumière naquit des ténèbres. La nouvelle salle avait la forme d’une sphère. Au centre de la sphère, suspendue dans un champ antigravitationnel, flottait une construction bizarre.

La pesanteur était anormale, dans cette sphère. Le naute le remarqua tout de suite. Il était attiré par la construction qui occupait le centre de la sphère. Il savait maintenant qu’elle contenait Georges Beyle.

Il chercha des yeux Foran. Il l’aperçut presque de l’autre côté de la sphère. La pesanteur artificielle permettait de marcher sur la paroi de la sphère en tous sens.

Le naute prit son élan et fit feu presque en même temps. Foran semblait sans arme.

— Rendez-vous, cria le naute.

Il entendait derrière lui les pas de Jenny et d’Ina. Il voyait ce que Foran essayait d’atteindre. Un tableau de contrôle manuel.

— Ne le laissez pas faire, cria Jenny. Il va essayer d’annuler la pesanteur artificielle qui règne ici et il va tuer Arlan.

Le naute braqua son arme sur Foran. Il visa soigneusement, puis pressa la détente. Le faisceau lumineux effleura Foran.

Il ne se passa rien, d’abord. Puis quelque chose prit feu. Mais Foran continuait d’avancer. Des lambeaux enflammés semblaient tomber de son corps, mais il poursuivait sa marche. Il perdait peu à peu sa silhouette humaine. Le naute, interdit, promenait le pinceau lumineux de son brûleur sur l’être qui avait nom Foran et le voyait changer.

Foran perdit son masque. Foran perdit la carapace artificielle qui lui avait donné l’apparence d’un homme et qui avait contenu de nombreux appareils qui lui permettaient de survivre dans un environnement humain. Foran se répandit sur le plancher, en une masse molle, dépourvue de toute structure solide. Mais Foran progressait.

Ils pouvaient tous voir, maintenant, qu’il n’avait rien d’humain. Ina poussa un cri. Elle pouvait voir cette absence de visage et ces doigts immondes. Elle pouvait voir que Foran n’était pas une mutation, mais qu’il venait d’une étoile lointaine. Elle était sûre maintenant qu’il était originaire de l’enfer.

— Vous ne pourrez pas le brûler, dit-elle pleine d’angoisse. (Elle se souvenait de ce qu’avait dit Argyropoulos à propos d’une vie fondée sur le silicium.) Il résistera aux températures les plus élevées. Vous ne pouvez pas le tuer.

Puis elle perçut juste derrière elle le souffle de Jenny. Et elle vit la masse innommable qui était Foran se dresser brusquement et brandir vers eux ses doigts effrayants.

Et elle sut que, pour la première fois, il avait peur.

Jenny portait le lourd désintégrateur. Elle pressa malhabilement le contacteur. Un éclair traversa la salle et atteignit Foran.

Ils entendirent tous comme un crissement sinistre, et Foran commença vraiment à brûler. Puis une violente explosion se déchaîna dans les profondeurs et ce fut comme si l’univers allait s’effondrer. Et l’obscurité noya toutes choses.

 

Ina d’Argyre perçut une voix dans l’obscurité. Puis elle vit une lumière. Le naute avait allumé sa torche. Elle se précipita vers lui.

Elle entendit la voix, de nouveau, et vit que les lèvres du naute demeuraient immobiles. Elle reconnut la voix. L’entité qui s’appelait Jor Arlan, et qui avait été connue autrefois sur Terre et sur Mars sous le nom de Georges Beyle, parlait.

— Il venait d’une région lointaine de l’espace, disait la voix. Je pourrais vous dire d’où avec précision, mais cela ne vous apprendrait pas grand-chose. Je savais qui il était. Je le savais depuis des années. Mes amis de Mira Ceti me l’avaient appris. Ils ont eu, eux aussi, maille à partir avec l’espèce de Foran, dans le passé. Mais ils appartiennent à une espèce puissante, plus puissante que la nôtre. Un jour ou l’autre, nous les rejoindrons, à moins qu’ils ne nous rendent visite les premiers. Mais nous n’aurons jamais rien à craindre d’eux. Ce sont les amis des hommes.

La voix se tut. Une faible lumière naquit de la construction qui occupait le centre de la sphère. Ils entendirent un gémissement. C’était Jenny. Ina se précipita vers elle.

— Il va mourir, disait-elle, il va mourir.

— C’est possible, dit la voix. Depuis de longues années, je ne vis que grâce aux soins constants que me prodiguent des machines. En fait, je suis devenu plus qu’à moitié une machine. Cela m’a rendu capable de comprendre certaines choses. Mais ce n’est pas, je puis vous le dire, malgré toute la puissance et la science que cela peut donner, un sort enviable. Si je meurs maintenant, je ne le regretterai pas. J’ai réussi avec votre aide à détruire le péril majeur qui menaçait ce système solaire. Il se peut que je survive, du reste. Les machines demeurées intactes s’affairent à rétablir certains circuits que Foran avait détruits. Le problème est de savoir si elles parviendront à les réparer à temps.

La voix était ferme et glaciale. Sa logique était irréfutable. Mais il y avait quelque chose d’inhumain en elle, pensa Ina. Jenny se redressa. Et il se produisit un phénomène surprenant. La pesanteur changea. La construction centrale descendit lentement. Ils purent voir qu’une sorte de sarcophage était logé en son centre. Le sarcophage contenait le corps de Georges Beyle. Mais seul son visage était visible.

Jenny se leva. Elle courut vers le sarcophage. Elle se pencha vers le hublot transparent.

Une jalousie ancienne s’éteignit lentement en Ina d’Argyre. C’était Jenny que Jor Arlan aimait s’il était capable d’aimer quelqu’un. Et cela était juste et normal. Jenny était la seule télépathe naturelle du système solaire, à la suite d’une erreur, ou peut-être d’une tentative de l’évolution. Jor Arlan était devenu artificiellement télépathe. Cela faisait partie de l’univers que Georges Beyle avait conquis au prix de son infirmité.

Ils étaient plus proches l’un de l’autre, songea Ina, quoiqu’il y eût entre eux cette épaisseur d’acier et de verre, que le naute et elle-même ne le seraient jamais. Ils pouvaient partager les mêmes rêves bien qu’ils fussent venus d’horizons opposés. L’entité qui s’appelait Jor Arlan et la chanteuse d’Uraniborg pouvaient explorer ensemble les continents mouvants de l’esprit.

— Quant à Foran, poursuivit la voix, il avait été envoyé dans le système solaire par une civilisation orgueilleuse, mais décadente. Elle s’était donné un nom que l’on pourrait traduire par l’empire des soixante-dix milliards de soleils, ou encore, le Sevagramme. Sa puissance s’étendait jadis sur plus d’une galaxie. Mais elle a décru. Ils habitaient les villes que nous avons retrouvées sur Mars ou dont les débris parsèment la chaîne des astéroïdes. Mais ils avaient perdu le secret de ces villes. Ils ne savaient plus les construire. Ils ignoraient comment produire ces graines singulières qui faisaient pousser les villes dans les entrailles des planètes et les leur livraient toutes conquises.

» C’était une invention ancienne. Mais elle a précipité leur perte. Elle leur a ôté le souci de conquérir et de connaître. Elle a fait d’une espèce qui fut autrefois glorieuse – longtemps avant que l’homme existe – une civilisation de parasites cruels.

» Foran espérait retrouver le secret dans le système solaire. Il est venu, il y a peut-être fort longtemps. Mais il était incapable de se livrer lui-même à la recherche des villes. Il a attendu que la civilisation humaine ait atteint un niveau suffisant. Il a équipé une flotte qu’il alimentait grâce aux mines de Ganymède. Mais le jour où l’Administration s’est intéressée aux astéroïdes, il a compris qu’il risquait d’être découvert.

» En fait, il l’était déjà. Depuis plusieurs années, je m’efforçais de déchiffrer le message que lançait Mira Ceti. C’était un avertissement. L’humanité de Mira Ceti connaissait les semblables de Foran. Elle savait la présence de Foran parmi nous. Elle désirait nous mettre en garde.

» Le jour où Foran a su que je connaissais son existence, il a creusé en se servant d’une porte dans l’espace cette base qui se trouve juste sous Stellaeborg, là où mes instruments de contrôle ne pouvaient pas le détecter. Il a fait de cette base son quartier général. Elle lui permettait de communiquer avec le monde lointain dont il était originaire.

Ina n’écoutait plus la voix. Ses yeux se portaient tantôt sur le naute et tantôt sur Jenny. Une lumière singulière brillait dans les yeux de la chanteuse. Une lumière qu’Ina y avait déjà vue lorsque Jenny chantait.

Mais Arlan, inlassable et précis comme une machine, continuait :

— Je ne regrette qu’une chose. C’est qu’il soit parvenu à détruire sa base. Elle a explosé à l’instant même où il est mort. Je pense que la flotte qu’il avait envoyée vers la ville récemment découverte dans les astéroïdes a également été détruite. Il avait prévu de ne pas laisser de traces en cas d’échec. Je le regrette d’abord parce qu’il a gravement endommagé Stellaeborg, et ensuite parce que nous avons ainsi perdu le secret de sa porte dans l’espace. Il nous faudra peut-être des siècles pour le retrouver. Mais peu importe. Nous savons maintenant que l’on peut voyager entre les étoiles. Un jour ou l’autre, nous rejoindrons nos amis de Mira Ceti. Un jour ou l’autre, nous empêcherons les semblables de Foran de détruire les espèces qui naissent sur d’autres mondes.

La voix du naute résonna dans la sphère. Elle paraissait curieusement incertaine, humaine, à côté de celle d’Arlan.

— Mais ne reviendront-ils pas, ces parasites, ces immondes méduses ?

— Non, dit Arlan. Du moins pas avant des siècles et peut-être des millénaires. Ils sont encore fabuleusement loin. Leur empire en croulant s’est replié sur des milliers d’années-lumière. Et le soleil n’est qu’une étoile minuscule parmi des millions d’autres. Et lorsqu’ils reviendront, nous serons assez forts.

Il se tut et le naute et Ina surent que c’était définitif. Le dialogue qu’il entretenait maintenant était silencieux. Seule Jenny pouvait le comprendre.

Quoiqu’il lançât peut-être aussi un cri de victoire, se dit Ina. Un cri de victoire en direction de Mira Ceti. Plus quelque chose qui devait ressembler à un merci. Et il était confondant et presque effrayant de songer à ces intelligences énormes et séparées par des gouffres colossaux qui, par leur union, avaient mis en déroute un ennemi commun. Cela annonçait des exploits plus prodigieux encore qui n’avaient pas de noms, qui emplissaient tout entier le futur.

Ils n’avaient plus qu’une chose à faire, songeait Ina d’Argyre, en levant des yeux timides vers le naute, et c’était d’attendre les navires de l’Administration qui, bientôt, se poseraient sur Ganymède.

 

Quelques mois plus tard, un voilier solaire traversait la région des astéroïdes, dans une région dépourvue de poussières et de rocs : les vire-matière avaient fait du bon travail.

La grande voile circulaire étincelait sous les rayons du soleil. Par une baie du pont principal, Ivan von Beauchamp et Ina d’Argyre contemplaient le vide.

Ils attendaient un événement.

— À plusieurs centaines de kilomètres de là, des blocs énormes et sombres filaient dans l’espace. Ils n’étaient visibles que lorsque leurs aspérités accrochaient et renvoyaient la lumière du soleil. Tandis qu’ils approchaient les uns des autres, leur vitesse augmentait encore.

Puis ce fut le choc.

Les planétoïdes se brisèrent. Mais leur vitesse et leur direction avaient été calculées de telle sorte qu’ils ne volèrent pas en éclats. Le roc qui les composait fut presque immédiatement porté à l’incandescence. Il fondit. Il se mit à couler. Il tendit à former, tandis que la chaleur diffusait dans la masse des planétoïdes et que leurs noyaux se liquéfiaient à leur tour, une sphère énorme et rougeoyante. Des tempêtes de lave, d’une violence oubliée depuis la naissance du système solaire, éclatèrent. Des bulles de gaz venaient exploser à la surface, formant l’amorce de cirques géants.

Des roches plus résistantes émergeaient : on leur donnerait un jour le nom de montagnes.

De cette catastrophe cosmique, au sein de la fureur et du silence, une planète naissait.

Elle mettrait longtemps à se refroidir. Et il faudrait longtemps pour la compléter, pour la doter d’une atmosphère et d’océans, pour l’habiller de végétation.

Mais les hommes avaient le temps.

Et ce qui plus est, ils avaient confiance en eux-mêmes. Ils regardaient les étoiles et ils savaient qu’elles leur appartiendraient un jour. Ils savaient qu’ils ouvriraient un jour des portes entre les galaxies.

 

Des années et des années plus tard, on donna à la cinquième planète faite de main d’homme le nom d’Ina.